Femme et bipolarité

Spécificité du trouble bipolaire chez les femmes

Le trouble bipolaire, qui se définit par des alternances de phases maniaques et de phases dépressives, présente un sex ratio de 1. Les femmes sont donc autant atteintes que les hommes.Il semble néanmoins que le trouble bipolaire type II (phases hypomaniaques) soit plus fréquent chez la femme. De même, les femmes présentent plus de cycles rapides (4 épisodes/an).

Pour ce qui concerne le début des troubles, on observe deux pics dans la vie des femmes : L’adolescence (comme les hommes) et la périménopause. Ces premiers épisodes sont souvent des épisodes dépressifs, contrairement aux hommes qui entrent dans la maladie par la phase maniaque le plus souvent.

Pour ce qui concerne les spécificités des phases dépressives, je vous laisse vous référer à notre article sur le sujet (lien)

En phase manique, les femmes sont moins souvent exaltées mais sont plutôt irritables et agitées, ce qui peut rendre le diagnostic plus difficile.

Les études montrent également une plus grande prévalence des états mixtes : mélange de symptômes des deux pôles.

Les comorbidités, en plus de celles partagées avec les hommes, sont en premier lieu, les troubles anxieux et les TCA. Ils sont donc à rechercher de manière systématique. On sait comme il peut être compliqué, aux vues des normes sociales de corps imposées, d’interroger et de reconnaitre un TCA.

On note une exacerbation des sautes d’humeur en lien avec l’imprégnation hormonale : phase lutéale, grossesse, post-partum. Encore une fois, on se dit qu’il va falloir prendre l’habitude d’interroger les patientes sur leur cycle menstruel. C’est une habitude qui ne nous est pas enseignée en psychiatrie et pourtant, toutes les études convergent : au même titre que nous demandons de manière systématique aux soignées si elles consomment des toxiques, il faut investiguer cet autre fdr qu’est l’imprégnation hormonale.

Traitement thymorégulateur

Les effets spécifiques des thymorégulateurs chez les femmes sont étudiés et enseignés, notamment, du fait des effets tératogènes ou inducteurs enzymatiques sur les contraceptifs oraux. Ainsi, longtemps mis de côté, le Lithium est finalement préféré à la famille des valproates de sodium (DEPAKINE etc), du fait d’un moindre effet tératogène. Il y a une forte incitation voire une obligation à la prise de contraceptif. Cette incitation, quasi coercitive, de la contraception en psychiatrie fera l’objet d’un autre article (il y a tellement à en dire !).

Les traitements antiépileptiques donnés dans le cadre du trouble bipolaire ont comme défaut principal le fait de rendre moins efficace les contraceptifs hormonaux. Avec les répercussions psychosociales qu’on imagine pour une grossesse non désirée, non planifiée. De plus, les patientes sous carbamazépine et contraceptifs oraux ont un risque plus accru de thromboses veineuses. Ce risque semble aussi exister sous OLANZAPINE. Il conviendra dès lors de proposer une alternative en termes de contraception ou de traitement psychiatrique. Il est à noter que la LAMOTRIGINE a désormais toute sa place dans la prise en charge des femmes enceintes et/ou en âge de procréer.

bibliographie